Mots Écrits: déterrer les mots des femmes, archives de femmes, histoire de femmes: les féminicides (1)

Chaque premier janvier, les bonnes résolutions sont prises, et puis il y a la première de l’année, assassinée par son conjoint ou ex.  Le 12 aout elle était la 88ème ou peut être la 89ème elle avait 71 ans. Il n’y a pas d’âge pour être tuée par son partenaire ou ex. Le 27 septembre 2019, la nouvelle tombait, la 111ème victime de féminicide de l’année en cours avait été découverte. 

L’épidémie est mondiale et quasi permanente pratiquement invisible à l’œil politico économique, dominée par le patriarcat, habitué à ne voir que les enjeux stratégiques, «sécuritaires,» qui occupent le devant de la scène publique. En France, le gouvernement organise cette année un Grenelle (Une conférence regroupant de nombreuses organisations) «violence contre les femmes» du 3 septembre au 25 novembre arguant qu’il faut trouver des solutions globales à ce fléau, mais sans envisager jusqu’à présent le déblocage de nouveaux financements.

L’Espagne a consacré 200 millions d’euros pour lutter contre les violences conjugales considérées parfois comme du «terrorisme misogyne.» L’Espagne a reformée son système pénal en 2004, créant 106 tribunaux et un parquet spécialisé. En 15 ans le nombre de femmes tuées par leur conjoint chaque année est passé de 71 à 43.  En comparaison, la France affiche des résultats médiocres avec ses 79 millions d’euros promis. Or, la Fondation des Femmes estime qu’il faudrait entre 500 millions et 1 milliard d’euros de budget pour lutter efficacement contre les violences conjugales à elles seules. Le budget alloué au Secrétariat à l’Égalité femmes-hommes présenté le 25 septembre 2019 pour l’année 2020 a baissé de 25.750€ par rapport à 2019 (budget 2019:  29.871.581€ ; budget 2020: 29.845.831€). Comment une telle réalité de vie et de mort pour plus de la moitié de la population peut-elle non seulement avoir persisté mais ne pas constituer une priorité sociétale? Et pourtant, il y a eu écrits, études et autres formes de recherches et d’information sur ce fléau qui s’abat sur des femmes prises dans un tourbillon de violences de la part de leur proches ou ex, et pour quels effets?

L’invisibilité des crimes sur les femmes vient du fait qu’ils sont mal nommés comme le rappelle Amélie Gallois dans «On tue une femme,» pire encore ajoute-t-elle, «mal nommer un objet c’est lui en substituer un autre.»

Jusqu’en 1975, l’adultère était considéré comme une circonstance atténuante dans le cas d’un meurtre commis par l’époux sur son épouse : seuls les époux étaient excusables. En Italie, le crime d’honneur n’est aboli que depuis 1981. Dans sa thèse intitulée «Le crime passionnel. Étude du processus de passage à l’acte et de sa répression», Me Habiba Touré explique «à l’époque, l’homme qui tuait sa femme était un romantique».

En France, ce n’est que depuis 25 ans, que le crime conjugal est devenu une circonstance aggravante du meurtre/assassinat (Décret no 94-167 du 25 février 1994 modifiant certaines dispositions de droit pénal et de procédure pénale). En 2006, cette disposition sera élargie aux concubins, «pacsés» et aux «ex», le meurtre sur un conjoint, pacsé concubin ou ex étant puni de la réclusion criminelle à perpétuité (à noter que le code pénal ne pose que des peines plafonds et non des peines planchers; le juge étant libre de condamner « le mis en cause » à une peine bien moindre). Depuis quelques années, les associations féministes emploient le terme «féminicide» (le meurtre d’une femme/fille pour le fait qu’elle soit femme/fille, que ce soit dans la sphère intime, non intime ou publique) pour parler des violences conjugales et militent pour sa reconnaissance pénale.

Comme souvent, l’art doit venir à la rescousse pour sortir des mythes qui ont permis le patriarcat, et revenir à la réalité.  La performance dans les lieux publics possède les qualités de la dissidence et aussi de la conscientisation nécessaire.  

Suite à la grande collecte des archives de femmes de 2018, l’artiste Sophie Bourel a conceptualisé un projet de mise en espace de lecture à voix haute intitulé Mots Écrits, à partir de la réalité des textes d’archives de femmes pour mettre sur la scène une histoire des femmes qui a été invisibilisée. Les textes seront lus à voix haute par des amateur.es qui auront été formées par l’artiste. Sophie Bourel croit, en effet, en la force de la lecture à voix haute qui est à la fois un art exigeant et accessible à toutes et tous, «et cela fait du bien mécaniquement.» 

Every day in Latin America, 12 women are killed. Seven of them are killed in Mexico.

In 1993, a group of women shocked Ciudad Juarez, Chihuahua, with the news that dozens of girls and women had been murdered and dumped, like garbage, around the city during the year. As the numbers of murders grew over the years, and as the police forces proved unable and unwilling to find the perpetrators, the protestors became activists. They called the violence and consequent impunity for the crimes `femicide,’ and they demanded that the Mexican government, at the local, state, and federal levels, stop the violence and prosecute the murderers.”

In 1993, the murder of women, and the refusal of the State, in this instance the Mexican state, to do anything, was shocking. In an interview today, Luis Raúl González Pérez, President of Mexico’s National Commission for Human Rights, said that, across Latin America, 12 women are murdered every day. Seven women are killed every day in Mexico. In Mexico, this is called feminicidio. In English, it’s both femicide and feminicide. Whatever it’s called, it’s an atrocity, one that’s been created by successive Mexican governments, governments north and south, east and west of Mexico, multinational corporations, and more. Mexican femicide is the nation’s, and the world’s, cost of doing business. That’s why the hotspots of femicide in Mexico have moved from the southern border to the northern. Ever increasing mounds of women’s cadavers is not even collateral damage in the national, regional and global development scheme, and those mounds are piling up at an ever-increasing rate.

A recent report on household relations, from the National Institute for Statistics and Geography, suggests that in Mexico 7 out of every 10 women has experienced violence, most of which is sexual and emotional. Ten areas exceed the national average. In Mexico City, for example, eight of ten women have suffered violence.

Right now, 12 areas in Mexico have been issued a “femicide alert” by the Commission. Another five been under the alert for almost six months. When these alerts are issued, the locale often sees it as a hassle and an embarrassment. As González Pérez explained, “Local governments must see that this alert is a tool that does not seek to harm, but to contribute to the solution of the problem. [Some consider it a political coup] because it is misunderstood. It feels like it’s  reproaching them for the past, but it’s actually a proposal to move towards the future.” In what world do governments see femicide as a misplaced garbage dump, as bad for business, and nothing more? In our world.

Since that day in 1993, women have been protesting, organizing, militating against femicide. Mexican women have reached across borders and across oceans for support and for models of anti-femicide activism and policy. Since January 2016, Maria Salguero, a geophysical engineer, has designed and maintained an interactive femicide map. Guadalupe García Álvarez, a member of the Mazahua indigenous nation, suffered violence at home and then, at the age of 13, was sent to Mexico City to work as a maid. She decided enough was enough, and left. She went to university, completed her studies, and then returned home, where she founded, MULYD, Mujeres Lucha y Derechos Para Todas. Women’s Struggle and Rights for All (Women and Girls). Poets, such as Mijail Lamas, have invented new kinds of poetry, documentary poetry, to do more than “draw attention” to femicide and to violence against women. Lamas, and other poets, are insisting that the assault on women is an assault on language, on communication, on the soul and spirit of each and every human being, and not only in Mexico.

Every day, seven women in Mexico are murdered. That arithmetic is described as a crisis. It is. The crisis is violence, the violence committed by men in relationships, by men in corporations and investment agencies and banks, and by men in charge of governments, and not only the government of Mexico. Where is the global outrage at a contemporary witch hunt that threatens, as they always have, every woman?

 

(Photo credit: SDP Noticias / Claroscuro)